Écoutes de Spectacles


Radio-France consacre cette année son festival Présences (30 ans) à George Benjamin (60 ans). Très en vogue sur les scènes lyriques depuis son deuxième opéra Written On Skin, créé en 2012 au festival d'Aix-en-Provence, le compositeur a créé son troisième opéra en 2018 à Covent Garden, toujours sur un livret de Martin Crimp. En mai 2019, Lessons in Love and Violence a été repris à l'opéra de Lyon, tandis que l'Athénée reprenait à Paris Into The Little Hill, créé en 2006 à l'amphithéâtre de l'opéra Bastille.

C'est cependant par le piano que George Benjamin commence sa formation musicale avec Peter Gellhorn et Yvonne Loriod, avant d'étudier la composition avec Olivier Messiaen au Conservatoire de Paris et de se perfectionner au King’s College de Cambridge, où il a pour professeur Alexander Goehr. George Benjamin enseigne la composition à Londres et dirige de nombreux orchestres.
Le programme qu'il a composé témoigne de son ouverture mais aussi de son exigence. Il permet d'entendre de grands classiques de Ligeti ou Messiaen, plusieurs représentants de la musique spectrale mais aussi Boulez, sans oublier de nombreuses créations mondiales et françaises, certaines d'élèves ou amis du maître.

Lire aussi les comptes-rendus de Written on skin le 14 février et des concerts des 15 février et 16 février.


Présences #2 : Quatuor Diotima C

 • Paris • 08/02/2020
Quatuor Diotima
Paris Percussion Group
Simon Proust (dm)


photo © Jérémie Mazenq

Après le concert d'ouverture dirigé vendredi soir par George Benjamin, celui-ci est conçu pour le quatuor Diotima, en résidence pour trois ans à Radio France.
Tom Coult accroît les possibilités de joure les cordes à vide en accordant le second violon un demi-ton plus bas et l'alto un ton entier. Il explore aussi les différents modes de jeux, pizzicati puis archet, enfin une longue phrase au violoncelle, qui semble citer le Quatuor pour la fin du Temps de Messiaen, face aux attaques puis aux pizz vigoureux des autres. Le violoncelle tient ensuite une sorte de bourdon, toujours sous le feu des attaques forte, avant que la pièce ne disparaisse dans une douceur progressive, un peu inconsistante.

Soutenue par des notes de programme assez fumeuses, la pièce d'Oscar Bianchi paraît plus gratuite. C'est une commande conjointe de Radio France, Festival Now Essen, Muziekgebouw, Huddersfield Contemporary Music Festival, Transit Leuven, avec le soutien du Conseil international de la musique, Pro Helvetia et la Sacem.

Après le court entracte, Tristan Murail nous emporte dans un fascinant développement sonore quasi continu et le plus souvent dépressif. Peu de jeu rythmique, peu de dialogue, peu de contrepoint, mais quelque chose comme une plainte de consort de violes, interrompue par de rares élans batailleurs, des stridences désespérées et des pizzicati inéluctablement répétés, comme des égouttements de temps, de la vie qui s'en va...

Apothéose du programme, la création française d'Augusta Read-Thomas fond les timbres et les modes de jeux des quatre cordes et de quatre percussions. Les percussions ont le dessus sur les cordes en pizzicati, mais le quatuor propose ensuite quelques sons tenus et enfin des phrases romantiques soutenues successivement par chacun de ses membres, que les percussions ne font que ponctuer ou enrichir d'un halo de résonance. Un échange rapide et plus équilibré s'engage ensuite. Cette longue poursuite cinématographique, amusante et rythmée, nous conduit d'une traite à la fin du concert.

À écouter le 19 février sur France Musique, et en son 3D sur hyperradio.radiofrance.fr.


Présences #3 : Lux Aeterna C

 • Paris • 08/02/2020
Philippe Hattat (piano)
Élèves du CNSMDP
Orchestre du Conservatoire de Paris
Choeur de Radio France
Martina Batic (dm)

La belle pièce de Harrison Birtwistle est inspiré des mouvements désespérés d'un papillon de nuit pour quitter un piano où il s'est trouvé enfermé. Douze choristes, trois harpistes et une superbe flûte alto nous font revivre la scène.

Sans que ce soit revendiqué par Sasha J. Blondeau, sa pièce semble construite sur le même thème. Dans cette commande de Radio France et de l'Ircam à ce compositeur-chercheur, un pianiste papillon excite en effet d'amusants dispositifs électroniques qui tournent dans la salle. Son pianotage miroitant et un peu hystérique virevolte sur les touches, tandis que des cartes de crédit vibrent sur les cordes ou les grattent.

Seize voix mixtes du choeur de Radio France nous offrent ensuite le planant Lux aeterna, classique des années 60 qui fait pendant au Requiem de Ligeti.

Enfin, la Fanfare chimérique d'Unsuk Chin nous fait entendre une riche palette d'instruments à vent dédoublés en deux ensembles. La réalisation électronique en temps réel est ici moins fine et tient plus du magma sonore que de la magie spatiale.

À écouter le 26 février sur France Musique, et en son 3D sur hyperradio.radiofrance.fr.